Un accord réussi est-il un accord parfait, sans aspérité, gagnant-gagnant ? Est-ce un objectif atteignable ? Est-ce même pertinent de le viser ?
Je pense qu’il faut une fois de plus raisonner à contre-courant : un accord réussi sera celui élaboré par les seules parties concernées, celui qui correspondra à leurs attentes, celui qui tout simplement leur conviendra dans la palette des possibilités. Il ne sera peut-être pas gagnant-gagnant d’un point de vue factuel, mais qu’importe si chacun y trouve son compte et recouvre un sentiment de sérénité. Nous pouvons ainsi donner en exemple, dans le cadre professionnel, d’un choix de rupture consensuelle ; un agent décidant de quitter volontairement son service pour aller travailler dans un autre, mettant alors fin à la relation de travail avec l’autre collègue envers qui il était en conflit. D’aucun pourra se dire que c’est injuste pour celui qui part, ce dernier pouvant cependant y trouver un intérêt secondaire, une opportunité, un élan qu’il n’aurait pas osé immédiatement si les circonstances avaient été différentes.
Un accord réussi pourra également être considéré en soi comme décevant, ou peu adapté, ou inéquitable par le commanditaire de la médiation, par toute autre personne gravitant autour des parties en conflits, de même que par le médiateur lui-même qui, bien évidemment, n’interviendra aucunement sur le sujet, soumis au devoir de neutralité : là encore, peu importe, du moment que la source de conflit soit levée grâce à la solution ainsi trouvée et considérée satisfaisante par les personnes concernées. Là est l’essentiel.