La tortue, animal totem du médiateur professionnel ?

Voilà une idée qui pourra peut-être vous paraître un peu folle ou décalée, inutile, voire absurde ? D’autres propositions d’animaux seraient d’ailleurs toutes aussi pertinentes, à n’en pas douter. Pour autant, explorons cette proposition si vous le voulez bien …

La lenteur de la tortue est la première caractéristique que l’on pourrait attribuer au médiateur professionnel. Par-delà le tumulte, le brouhaha ambiant, les idées reçues et les pressions de toutes sortes et parce qu’il est totalement indépendant tout en devant respecter une stricte confidentialité des échanges, le médiateur professionnel se doit d’imprimer sa méthode et son propre rythme, à contretemps de l’efficience prônée partout et pour tout. Savoir ainsi prendre son temps, voire en perdre pour ensuite en gagner et faire gagner les personnes qu’il accompagne ; ainsi, les faire progresser à leur rythme vers une qualité relationnelle recouvrée, celle devant précisément leur permettre d’aboutir à un accord, leur accord : voilà sa mission et ce qu’elle exige.

Le calme de la tortue lui sied pareillement à ravir : ainsi isolé dans sa carapace, telle une bulle protectrice, imperméable aux vicissitudes que les personnes qu’il accompagne ont subies, de même qu’aux bouffées émotionnelles qu’elles vont devoir exprimer et évacuer au décours de ce processus de médiation, le médiateur professionnel pourra dès lors se préparer à mener sa mission consistant à accompagner au mieux les personnes vers la résolution de leur conflit. Une fois concentré et centré totalement vers ces personnes, son calme intérieur, qu’il aura ainsi renforcé, lui permettra d’exercer une écoute attentive et d’insuffler la sérénité nécessaire aux échanges, fondement de la qualité relationnelle souhaitée afin de progresser sur le chemin de l’entente.

Le médiateur professionnel se doit en effet d’être avant tout et en permanence à l’écoute et altérocentré, afin de pouvoir tout capter, tout restituer, permettant aux personnes de cheminer ; mais il a également le devoir de se protéger de toute partialité ou entrave à son exigence de neutralité : sa carapace lui permettra ainsi de se prémunir de tout conseil, de toute orientation des débats, ainsi que des solutions logiquement envisageables, qui pour autant ne doivent jamais se substituer ou être imposées de quelque manière que ce soit aux personnes, préférant toujours celles envisagées par elles-mêmes, y compris si elles s’avèrent modestes, incomplètes ou de prime abord insuffisantes.

Telle une tortue de terre, le médiateur professionnel avance avec méthode, au rythme voulu, s’adaptant aux personnes qu’il accompagne tout en leur imprimant à certains moments son propre tempo, les faisant notamment ralentir afin de les faire réfléchir, prendre du champ et acquérir le recul nécessaire face à leurs problèmes conflictuels. Précipiter les choses peut en effet être délétère, voire totalement contre-productif. « Hâte-toi lentement mais surement » pourrait être sa devise ! Faisons dès lors l’éloge de la lenteur, gage d’une qualité relationnelle certaine, à contre-courant du flot permanent et des réactions impulsives, toujours mauvaises conseillères et sources de dégâts relationnels majeurs.

Telle une tortue de mer, le médiateur professionnel parcourt avec les personnes un long périple, de la terre à l’océan, pour ainsi renouer entre elles les liens et les mener vers leur solution, leur liberté de décision, leur autonomie à choisir ce qui est le mieux pour elles. Un chemin semé d’embuches, de prédateurs parfois, mais un chemin vertueux, celui de l’entente interpersonnelle, de la qualité relationnelle, d’une qualité de vie certaine, aux reflets d’harmonie, de paix et de sérénité.