Au cœur du « dispositif », notre cheminement quotidien peut se muer à tout moment en un véritable parcours du combattant.

En écho à l’article intitulé « Thèse, antithèse et synthèse » que je publie ce même jour au sein de la rubrique « Tribune libre » de l’autre Blog dédié à l’observation et la réflexion, je souhaite vous faire connaître quelques mots supplémentaires de Sylvain TESSON, issus à nouveau de son si bel ouvrage « Sur les chemins noirs ». Il y décrit ainsi à la perfection notre époque, où paradoxalement tout va de plus en plus vite mais où, lorsque l’on tente de vouloir entreprendre ce qui dénote, dérange, déstabilise, voire désarçonne le système en place qu’il nomme « le dispositif », tout alors devient long et compliqué, tel un parcours du combattant insurmontable, sans fin ni perspective d’aboutissement. Car « le dispositif » n’aime pas qu’on le défi, qu’on s’oppose à lui et qu’on le remette en question ou à sa place !   

« Pendant deux jours, nous passâmes par des causses sur lesquels des ruines à faire pitié – à faire envie, peut-être ? – balisaient le chemin. Nous avancions légers sans nous préoccuper de rien que de trouver le chemin et soucieux d’y goûter les fruits offerts au regard : un noisetier, le vol d’un grèbe, une grange de pierres sèches. Nous nous contentions de cela. Nous nous extirpions du dispositif.

Le dispositif était la somme des héritages comportementaux, des sollicitations sociales, des influences politiques, des contraintes économiques qui déterminaient nos destins, sans se faire remarquer. Le dispositif disposait de nous. Il nous imposait une conduite à tenir insidieusement, sournoisement, sans même que l’on s’aperçût de l’augmentation de son pouvoir. Il existait un petit ver, la douve, qui infectait les fourmis et contrôlait leurs mouvements, pour les contraindre à l’immobilité sur un brin d’herbe afin qu’elles s’offrent en pâture aux herbivores, qui devenaient alors les nouveaux hôtes du parasite. La douve était le dispositif de la fourmi. Les puces au silicium étaient nos propres douves. Chacun de nous portait son parasite, de son plein gré, sous la forme d’un de ces processeurs technologiques qui régulaient nos vies. Les Papous se transmettaient une vision du monde où le domaine des esprits se mêlait à la réalité. C’était leur dispositif. Le nôtre pourvoyait à notre confort, notre santé et notre opulence alimentaire, mais nous inoculait son discours et nous tenait à l’œil. Nous recevions ses informations, sa publicité, nous répondions à ses injonctions, il nous accablait de ses sommations, diluées dans le brouhaha. Le discours du dispositif était un dispositif. Sur les chemins noirs, nous nous enfoncions dans le silence, nous quittions le dispositif. La première forêt venue proposait une cache. Les nouvelles y étaient charmantes, presque indétectables, difficiles à moissonner : une effraie avait fait un nid dans la charpente d’un moulin, un faucon faisait feu sur le quartier général d’un rongeur, un orvet dansait entre les racines. Des choses comme cela. Elles avaient leur importance. Elles étaient négligées par le dispositif. »

Que faire dès lors ? Composer avec ? Non, mille fois non ! Composez plutôt votre propre partition de vie, votre propre chemin, qu’il soit noir ou gris, mais jamais aussi blanc qu’on ne voudrait vous l’imposer. Faites au mieux pour être en paix, en harmonie avec vous-même. Mettez l’humain et la nature au cœur de votre propre bulle, de votre propre système, restant maître de votre propre dispositif. Soyez le plus aligné possible pour être en phase avec vous-même et donc avec les autres, ceux qui comptent pour vous et non ceux qui comptent sur vous, dans leur seul intérêt. Libérez-vous du grand dispositif qui vous empêche au quotidien d’avancer, de vivre et d’être libre de penser et d’agir.