A l’instar des fondations d’un édifice, la charpente est son autre organe vital, car sur elle repose le toit qui le protège, ainsi que ses habitants.
Pour autant et paradoxalement, les charpentiers constituent un corps de métier aujourd’hui invisible, alors que de tout temps essentiel.
Repensons à l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019, à l’aube de la pandémie de COVID qui s’abattit sur notre monde déjà bien malade, mais sourd à tous ses symptômes frénétiques et délirants. Ces flammes ont détruit la charpente de la cathédrale, qui elle-même a failli disparaitre. Cet événement a ébranlé le monde, l’a secoué, mais a aussi permis de révéler à nouveau, au décours de sa reconstruction, l’éclatante beauté de cette profession de charpentier, de cet art perpétué notamment par les Compagnons du devoir, ainsi remis au-devant de la scène afin de parvenir à relever ce défi que le destin ou le divin nous a infligé.
Tout a commencé par l’inventaire de cette charpente, « la Forêt », qui avait été réalisé quelques années plus tôt par un architecte en fin de formation, Rémi FREMONT, devenu ensuite architecte en chef des Monuments Historiques et qui fût ainsi associé à la reconstruction de Notre-Dame : ce travail, s’il n’avait pas existé, aurait réduit à néant les chances de reconstruire à l’identique ce monument somptueux, miroir de ce que l’humanité est en capacité de produire et d’insuffler de plus beau.
Cela acquis, architectes et charpentiers se sont unis et sont partis à la recherche des arbres destinés à pouvoir être dignes de finir leurs jours au sommet de cet édifice millénaire. Comme il a été dit par ces nouveaux bâtisseurs, « il fallait, pour choisir les bois de Notre-Dame, savoir lire l’écorce, car il ne fallait pas de nœuds. Or, quand on sait lire l’écorce, on y retrouve toutes les blessures de l’arbre. En choisissant les bois en forêt, on apprend le respect de la matière. Ce sont des arbres qui sont plus vieux que nous ! ».
Puis il a fallu former de nouveau des charpentiers à travailler le bois comme aux origines : des équarrisseurs ont ainsi appris à travailler à la hache et à la doloire ce bois inhabituel, vert et encore tendre. Ces techniques oubliées, confidentielles, ont pu ressurgir, renaître des cendres de Notre Dame, redonnant naissance à une pratique et à une nouvelle génération de Compagnons, enrichie de ce chantier unique où il leur a été donné d’avoir la chance de pouvoir effectivement « choisir son arbre […] », sachant ensuite qu’il faille qu’«[…] on le considère, le reconnaisse, le suive jusqu’à sa position définitive […] ».Ainsi ont-ils eu le privilège de savoir « […] de quelle parcelle de forêt vient chaque pièce de bois. La charpente de Notre-Dame est vivante. »
Ces charpentiers ont par ailleurs laissé leur forme naturelle aux arbres : plus large dans le bas, plus étroit vers la tête, ce qui donne sa perspective magnifique à la charpente. « Chaque pièce de bois est absolument unique et a une position possible, pas deux », toujours selon le témoignage de Rémi FROMONT.
Le médiateur professionnel s’inscrit en droite ligne de cette profession noble, utile, et surtout indispensable. Ainsi, une bonne entente ne peut reposer que sur de solides fondations et non des apparats de communication superficielles, hypocrites, aseptisés ou convenus. Cette entente ne peut résister aux affres du quotidien et du temps que grâce à la construction d’une qualité relationnelle emprunte de respect, de reconnaissance, de considération singulière envers chaque personne. Chacune est une de ces pièces de bois, unique, ayant sa place dans notre construction personnelle, professionnelle ou sociale. Chaque personne s’est construite, parfois comme elle a pu et mérite d’être appréciée ainsi, tout aussi légitime que soi-même pour ce qu’elle est, ce qu’elle pense, ce qu’elle dit et ce qu’elle fait.
Le médiateur professionnel sera le charpentier qui saura construire la qualité relationnelle, en permettant à chaque personne de trouver sa place dans l’édifice que constitue notre quotidien.
