En 1975 eut lieu la première mission spatiale conjointe entre américains et russes, en pleine glaciation de leurs relations sur la scène politique internationale et juste après la compétition implacable qui les avait opposés pour se rendre sur la lune.
Dès le mois d’octobre 1970, les chefs d’industrie spatiale américaine et russe commencèrent à se rencontrer pour envisager une collaboration et deux ans plus tard, par la volonté du président américain Richard Nixon et du président du conseil des ministres de l’URSS Alexeï Kossyguine, un pacte fût signé entre eux pour que leurs nations travaillent conjointement à cette mission.
Hormis l’impact diplomatique majeur qui était espéré pour l’avenir des relations entre les deux blocs Est et Ouest, convaincre leurs équipes d’ingénieurs de collaborer ensemble avait en soi déjà constitué un défi et fût une réussite. Car les deux vaisseaux spatiaux s’avéraient radicalement différents, tant dans l’orbite utilisé qu’au regard de différents paramètres technologiques, tel le niveau de pressurisation des capsules, le mélange gazeux utilisé ainsi que leur système d’amarrage.
Pour permettre cette jonction de leurs vaisseaux, les deux équipes ont ainsi conçu un adaptateur, tel un sas fixé sur le nez de la capsule Apollo en lieu et place réservée normalement au module lunaire. Il servit de tampon entre les deux atmosphères, qui étaient ainsi équilibrées une fois la jonction effectuée. Celle-ci a été quant à elle rendue possible grâce à un collier d’amarrage identique sur l’extrémité des deux vaisseaux : il s’agissait d’un dispositif de capture et de verrouillage de type androgyne, dépourvu de sonde mâle et de cône femelle ; tout un symbole, aucun des deux pays n’ayant dès lors le sentiment d’être dominé par l’autre.
La mission ne présenta que peu d’intérêt purement scientifique, mais permis de tester et valider cette solution technique qui fut ensuite adoptée et rendue universelle, permettant la coopération spatiale actuelle et un sauvetage éventuel d’un vaisseau par un autre : ainsi se succédèrent d’abord les futures jonctions de navettes spatiales américaines avec la station russe MIR, puis la coopération internationale entreprise avec l’ISS.
Cette mission Apollo-Soyouz fût dès lors considérée comme une réussite complète, ayant bravé les contraintes techniques et les difficultés politiques. Elle a signé qu’en orbite basse, hier et plus que jamais de nos jours, ceux qui se font la guerre sur Terre sont en capacité de cohabiter et de travailler ensemble dans l’Espace ! La mission Apollo-Soyouz aura été la petite étincelle qui aura permis d’amorcer ce mouvement vers la coopération et l’entente, pour un projet commun et une vision universelle de l’avenir tourné vers l’Espace, à la fois notre berceau et notre futur. Elle a été et demeure une lueur d’espoir, celle que l’entente sincère et durable entre des hommes de bonne volonté est atteignable et réellement possible !
