L’union d’un pays et d’un peuple passe par le fédéralisme.

Tous les grands pays (par la superficie, la taille de la population ou la force économique) sont vous le remarquerez des pays fédéraux. La France est l’une des rares exception à la règle, puisque nous sommes une République une et indivisible. Nous sommes encore une grande nation, mais pour combien de temps ? Nous sommes ainsi un état centralisé, mais plombé par des pouvoirs publics tellement obèses que devenus impuissants, sauf à vouloir tout contrôler et réglementer à outrance – si l’on en juge le volume grandissant de nos codes et textes de lois, par ailleurs inapplicables pour certaines et inappliqués pour une plus grande part.

Nous sommes dès lors en train de sombrer du fait de cette obésité rendue morbide. Notre économie et notre rayonnement se fragilisent, notre niveau culturel et intellectuel s’effondrent, la portée de notre parole devient inaudible. Nous nous effaçons de la scène.

Notre démocratie est par ailleurs en grand danger. L’unité prônée devient notre plus grande source d’asphyxie, car le centralisme nous paralyse. Le virus du communautarisme et des divisions de toutes natures nous contamine un peu plus chaque jour et nous étouffe. L’union de façade est en fait à l’intérieur un château de sable qui s’effrite et s’écroule.

A contrario, les états fédéraux, dont on pourrait croire qu’ils soient plus vulnérables, sont paradoxalement plus forts, car pour continuer d’exister et de bien fonctionner, les personnalités politiques au sens très large sont obligées de collaborer, de parlementer pour collectivement décider. La démocratie directe, les coalitions pragmatiques, voire le principe de pacte obligatoire inscrit dans la constitution comme en Allemagne, constituent le socle de leur fonctionnement, bien plus stable et solide que le nôtre.

Dans notre beau pays, l’illusion de l’égalité et de l’universalité engendre au contraire un mécontentement permanent, puisque c’est en réalité un leurre. La vie politique repose encore sur la pensée magique qu’un chef de l’état, en l’occurrence le prochain, mélange de roi, de guide suprême et de magicien, pourra tout changer, tout inverser, alors qu’il ne peut rien en être de tel. Le parlement est quant à lui tronqué, déresponsabilisé, la chambre haute devenue en quelques années une simple criée, un mégaphone des intérêts partisans ; la chambre basse répondant encore quant à elle aux défis et aux enjeux nationaux avec maîtrise, mais sans réel pouvoir d’influence, sauf à convaincre la chambre haute d’être à la hauteur de son appellation. Mais là encore, l’art du consensus et de la synthèse se fait rare.

Si nous voulons inverser cette descente qui est en train de nous transformer en pays mineur, une réforme constitutionnelle en profondeur s’impose pour débuter : avec une véritable décentralisation, des pouvoirs directs données aux régions sur les actions concrètes de la vie quotidienne des français (déclinaison des grandes décisions de la politique nationale rapportées à l’éducation, aux transports, à l’énergie, au système de santé, à l’agriculture …etc.), cumulé à la disparition juridique des départements en vertu d’un choc de simplification toujours prôné mais jamais réalisé. Le pouvoir central devra quant à lui s’occuper, outre de l’unité des régions, uniquement du régalien (police, justice, défense, actions de politique étrangère, budget de la nation, protection sociale, politique familiale …etc.), en libérant les initiatives – plutôt qu’en permanence s’évertuer à niveler et contraindre pour contrôler –, notamment en termes de politique économique et industrielle. Il devra enfin redonner au peuple la parole et la prévalence : tout d’abord celles des experts de la société civile, véritables « sachant » devant purement et simplement remplacer les énarques et autres hauts-fonctionnaires pour définir les grandes décisions dans leurs domaines de compétence ; mais de manière générale au peuple tout entier, tant par la voie référendaire que par celle de leurs parlementaires qu’il s’agit de redorer : aussi, faire en sorte qu’une loi majeure, quel qu’en soit l’objet, puisse être adoptée en direct par approbation du peuple, que ce dernier soit systématiquement interrogé chaque année sur les grandes réformes engageant l’avenir ou la construction sociétale et enfin qu’au parlement, réuni en une seule chambre là encore par souci d’efficacité et de cohérence, une loi puisse être votée et mise en œuvre en 6 mois grand maximum, sans interférence de l’exécutif, abrogeant de fait le passage en force via les articles 49-3  et 49-1 de l’actuelle constitution, mais également le droit de dissolution par le président de la République, dont les règles liées à son mandat devront enfin être redéfinis – prônant pour ma part de rallier le système américain de deux fois quatre ans, sans possibilité de prétendre à un troisième mandat.

Voilà les grands axes qui, de mon point de vue, permettront de sortir à court terme de notre marasme politique et à moyen terme de nos divisions sociétales, permettant de nous mener vers l’unité du peuple, la réconciliation avec ses dirigeants et une perspective positive de concorde et d’entente sociale possibles.