L’histoire a l’art de bégayer. Rappelons-nous les accords de Munich en 1938 face à l’ogre nazi voulant dévorer les Sudètes, territoire de Tchécoslovaquie peuplé d’Allemands.
Rappelons-nous ce qu’en dit à l’époque Winston Churchill, alors simple député, déconsidéré et paria au regard de ses pairs : « vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ».
Même si l’objectif caché de Neville Chamberlain, alors Premier Ministre, était de gagner du temps pour se préparer à l’affrontement inévitable, il s’avère que tout recul face au totalitarisme ne fait réellement que renforcer ce dernier et le rendre encore plus puissant, le gain espéré étant alors illusoire et clairement inverse.
Aujourd’hui, l’ogre brun est remplacé par l’ogre rouge, que l’on croyait mort depuis la chute du mur de Berlin, mais qui est toujours bien vivant, drapé du bleu, du blanc et du rouge de son nouvel étendard, mais sous lequel se dissimule l’ancien, carmin frappé de la faucille et du marteau. Le totalitarisme est ainsi travesti en démocratie de façade, le tsar rouge étant bel et bien encore à la manœuvre.
Poutine agit comme le fit Hitler. D’abord la Crimée, en écho aux Sudètes. Aujourd’hui l’Ukraine, en écho au reste de la Tchécoslovaquie. Demain une partie de l’Europe si l’on continue de reproduire les erreurs d’autrefois : l’indécision, l’attente béate, l’impréparation à anticiper le pire, à préparer la guerre au regard de cette menace d’envahissement d’autres territoires pour lesquels il nous faudrait effectivement entrer pas à pas en conflit direct, du fait de notre appartenance à l’Alliance de l’Atlantique Nord : ainsi, à quand Poutine envahira-t-il les pays Baltes afin de poursuivre son œuvre de reconstitution de l’ancienne Union des Républiques Socialistes Soviétiques, de la même façon qu’Hitler voulut reconstituer l’ancien empire germanique, puis annexer la Pologne et enfin s’étendre vers l’ouest ?
Voilà pourquoi il ne faut jamais rompre les discussions, même avec un ogre, ne signifiant pas pour autant qu’il faille espérer autre chose que maîtriser le temps et façonner l’histoire à notre avantage. Mais soyons à ce stade lucide : on ne peut ni ne pourra envisager de négocier la paix ou le moindre compromis avec Poutine, car pour négocier, il faut être deux à le vouloir, ce qu’il ne veut absolument pas.
Poutine ment, souffle le chaud et le froid, tergiverse, gagne du temps ; mais avant tout, il ment, tant à son peuple qu’à nous. Il soumet, il manipule, il désinforme, il déstabilise, il bâillonne, il emprisonne, il assassine : c’était un tout petit fonctionnaire au service du système et il demeure ce servant du communisme soviétique. Sachons bien le voir par-delà l’écran de fumée dans lequel il veut nous maintenir ! Car il nous attaque déjà, telle une injection de venin dans nos réseaux informatiques, pour nous paralyser, pour nous fragiliser et ébranler notre socle démocratique déjà lézardé, espérant le faire s’écrouler pour ensuite nous dominer et nous détruire.
Soyons clairvoyant, réagissons maintenant, car sinon, dans quelques années, cela se terminera de la même manière qu’en 1939, par une guerre européenne, diffuse et permanente.
