Quand la qualité relationnelle se retrouve aspirée par le rythme infernal de la roue dans laquelle nous courrons.

Quelle qu’en soit la raison d’ordre institutionnel ou personnel – et là n’est pas notre propos ici-même –, lorsqu’une personne dans son milieu professionnel se retrouve confrontée à une situation de surcharge massive et continue de travail, ou bien qu’on lui demande de réaliser des tâches insurmontables, faute de temps ou de compétences liées à son cœur de métier pour lequel elle a été embauchée, alors débute cette course infernale du hamster dans sa roue : toujours plus vite, encore plus vite, sans jamais s’arrêter, mais dans quel but ?

S’arrêter de courir revient à reconnaître sa faiblesse et signer son échec, même si l’institution en est la réelle cause et non la personne elle-même, qui a fait et veux continuer à faire de son mieux, pour l’intérêt général. Contrairement au fait que d’arrêter d’écoper un bateau qui prend l’eau de toute part conduit à sombrer avec lui, justifiant alors de continuer à le faire, il s’avère dans le cas présent qu’accepter de continuer à courir fera uniquement sombrer la personne : il s’agit d’une réaction en chaîne, qui peut en effet conduire, si l’on ne l’arrête pas à temps, à une déflagration personnelle.

Il faut cependant avoir parfaitement conscience que ce processus, s’il n’est pas stoppé mais uniquement maîtrisé « intelligemment », peut s’avérer tout aussi dangereux pour l’institution que pour la personne concernée. Il renforce en effet l’isolement, le sentiment d’insatisfaction, l’usure, la démotivation, l’absence de reconnaissance, le tout constituant l’amorce de conflits interpersonnels et surtout entrainant la disparition d’un climat de qualité relationnelle et de bonne entente au sein d’une équipe. Cette disparition est pernicieuse, car progressive, d’abord imperceptible, telle une évaporation lente de l’eau qui bouillonne doucement, à petit feu. Il est ainsi souvent bien trop tard quand il devient évident que le niveau de l’eau a dangereusement baissé, voire a totalement disparue.

Le rôle du manager, du décideur, sera de préserver la bonne santé au travail des personnes placées sous son autorité, sous sa responsabilité. Il doit être le garant de cette qualité de vie au travail, qui repose sur une qualité relationnelle véritable, honnête, sur la considération de chacun, sur la règle absolue que pour avancer, il faut le faire ensemble et ainsi préserver, outre les équilibres et l’entente interpersonnelle et sociale, l’intégrité physique et psychique de chacun : ainsi, que chaque personne soit respectée pour ce qu’elle est, ce qu’elle apporte, et non la traiter et la manipuler en vulgaire marionnette. Un manager doit de fait considérer et intégrer qu’il soit normal que chacun ait ses limites et dès lors les prendre en considération. Ainsi, savoir en qualité de manager définir ces limites raisonnables que l’on veut instaurer, les rendre explicites, les partager, montrer l’exemple lui-même, et surtout les faire respecter, en ayant en tête la citation de Jean Racine, dans « Les Plaideurs » : « qui veut aller loin ménage sa monture ».