Notre société occidentale est gangrénée par l’individualisme, l’égocentrisme et la valeur marchande attribuée à toute chose. L’homme en est réduit à n’être qu’un consommateur, un contribuable, ayant un coût, devant être rentable, productif, efficient, conforme aux attentes d’un état qui nous infantilise un peu plus chaque jour pour mieux nous dominer à défaut de savoir nous convaincre. Nous le savons pertinemment mais pour autant, nous continuons : de produire, de gaspiller, de dériver et de se perdre en déshumanité. Nous avons peur, nous sommes en colère, révoltés, humiliés, prisonniers de l’instantané et cadencés à tel point que toute relation directe et posée devient quasi-impossible. Or, sans conteste, nous sommes paradoxalement et invariablement des êtres de relation : sans cette approche de la vie en société, nous ne pourrons que continuer à plonger dans une folie tant individuelle que collective. Ainsi, plus rien ne semble clair, évident, nous nous replions intérieurement sur nous-mêmes, psychiquement en position fœtale, chacun pour soi, le collectif considéré avec distance. Nous nous laissons absorber par des mirages palliatifs, enchevêtrement de réseaux sociaux, d’écrans, d’images annihilant toute évasion, toute réflexion personnelle, toute échappatoire à ce quotidien qui nous englue et nous prive de l’essentiel : l’interaction, l’autonomie, donc de notre liberté fondamentale.
La nature nous apporte pourtant la preuve que nous sommes devenus fous de considérer l’intérêt général comme superflu, ainsi rendus plus bêtes que les bêtes qui la peuplent. Prenons exemple sur les loups, qui vivent en meutes et qui font partie des animaux les plus intelligents de la faune : ils ne s’entretuent pas, ne se divisent pas et restent au contraire unis, dans l’intérêt de tous. Admirons également les abeilles, qui se coordonnent pour perpétuer leur espèce, pour protéger leur reine, pour polliniser les arbres et assurer, sans peut-être en avoir réellement conscience, la pérennité de la vie sur terre. Ayons aussi à l’esprit la société des fourmis, qui toutes s’unissent et agissent de concert, dans un balai majestueux tout autant que laborieux, afin d’assurer la vie de leur cité. Ces animaux politiques constituent le berceau de l’humanité et doivent être pour nous un modèle à suivre, tant pour leur niveau de solidarité, d’abnégation que de coopération entre elles, dans le seul intérêt collectif.
Rien ne peut ni ne doit remplacer cette idée que l’intérêt général doit l’emporter sur l’intérêt partisan ou individuel : à défaut, jamais nous ne parviendrons à survivre. Tel est peut-être, dans ce tourbillon qu’est le nôtre, la lumière qui se distingue du brouillard qui nous entoure, dont on nous entoure, qui nous empêche de voir, d’avancer, de nous projeter et d’avoir confiance en l’avenir : ainsi, faisons prévaloir l’entente, la solidarité, la reconnaissance de valeurs communes et de l’intérêt général, pour le bien de tous et donc de chacun.
