La France est un pays régicide, jacobin, bonapartiste et centralisé. La décentralisation est un leurre, du moins un jeu de dupe où la périphérie des banlieues et encore plus des campagnes supporte l’irresponsabilité du centre parisien, conservateur et arrogant.
Nous sommes imprégnés de cette histoire si particulière, de même qu’englués dans cette culture binaire : ainsi passons-nous notre temps à nous définir pour ou contre quelque chose ou quelqu’un, mais rarement à nous inscrire dans une démarche spontanée de synthèse et de concorde, à moins d’y être contraints ou emportés par une liesse artificielle – telle une coupe du monde gagnée.
Je citerai une fois encore Sylvain TESSON et sa pensée perdue par-delà « les chemins noirs », au cœur de cette périphérie honnie et déconsidérée par les élites autocentrées sur elles-mêmes, autistes de la vie, la vraie : ainsi narre-t-il que Napoléon aurait dit au général de Caulaincourt dans le traineau qui les ramenait à Paris après le passage de la Bérézina : « il y a deux sortes d’hommes, ceux qui commandent et ceux qui obéissent ». […] Sylvain TESSON explique alors qu’il considère que l’empereur avait oublié une troisième colonne : les hommes qui fuient. « Sire, lui aurais-je dit si je l’avais connu, fuir c’est commander ! C’est au moins commander au destin de n’avoir aucune prise sur vous ».
Le monde n’est effectivement pas binaire, les idées ne se résument pas aux deux faces d’une même pièce, à une thèse et à une antithèse. La vie, les discussions, les opinions exprimées ne peuvent se contenter de cette bataille entre deux camps, ce choix entre pile ou face. La confrontation est bien évidemment saine et source de liberté et de démocratie, mais elle ne peut occuper seule le terrain de la dialectique et dès lors vaincre, au mépris de l’intelligence et de l’esprit humaniste issu du siècle des lumières. La synthèse doit par contre, elle, toujours l’emporter, par-delà les conventions, les habitudes, la facilité et le renoncement qui nous enserrent.
Arrêtons dès lors de nous écharper en permanence, au détriment de la réflexion et du progrès qu’elle engendre. Osons la nuance, le droit à débattre de différences, y compris subtiles, afin de mutuellement nous enrichir et découvrir de nouvelles perspectives. Sachons observer et écouter, apprenons à distinguer la beauté en toute chose et la chance de pouvoir l’appréhender chaque jour.
