Imaginez un match de tennis avec deux joueurs sur le terrain, mais démunis de leurs raquettes et de leurs balles. Comment jouer ? Comment exprimer leur passion, comment pratiquer leur sport favori, leur métier peut-être ?
La réponse est simple : ils ne le peuvent pas, hormis en se retranchant dans les vestiaires, derrière un jeu vidéo en ligne où ils pourront alors s’affronter autrement. Mais est-ce vraiment une partie de tennis ? Est-ce du sport ? Et que reste-t-il alors des interactions sur le terrain – tant entre eux qu’avec un éventuel public – qui font les valeurs du sport et le plaisir de jouer avec un partenaire, plus qu’un adversaire ?
Si je vous parle de cela, c’est pour vous faire réfléchir à nos relations sociales d’aujourd’hui : ainsi, que penser par exemple de toutes les hotlines et de ces administrations retranchées derrière ces barrières virtuelles ? Que penser de ces agents des services publics impossibles à contacter et à rencontrer ? Comment faire si vous ne disposez pas d’un ordinateur et d’un minimum de connaissances informatiques ? Que dire enfin de ces mails envoyés comme autant de bouteilles à la mer, sans réponse hormis ces mails automatiques « no reply » n’offrant d’autre possibilité que d’attendre, sans perspective de délai et sans aucun dialogue possible ?
Dans notre quotidien professionnel, comment expliquer que l’on en soit réduit à échanger des mails en rafales quand on pourrait simplement s’appeler ? Pourquoi faire des réunions en distanciel quand on se trouve dans le même bâtiment à quelques bureaux ou étages d’écart ? Que dire de la violence des mots écrits, sans parler des tournures de phrases que son auteur pensait anodines mais que nous interprétons avec violence, à tort ou à raison ? N’est-il pas plus simple de se rencontrer physiquement, de se retrouver sur le terrain pour se parler, l’un en face de l’autre ?
Combien de conflits, d’incompréhensions, de quiproquos naissent du fait que l’on ne soit pas en présence de l’autre personne afin de simplement pouvoir lui parler et échanger, non pas quelques balles perdues ou bien traçante à son encontre, mais quelques idées, voire pour tester nos arguments avec ceux de l’autre ? Combien de conflits issus d’un échange de mails assassins – comme autant de volets de bois vert – pourraient ainsi être tout simplement évités ?
Sachons taper dans la balle plutôt que de se taper dessus, à distance, virtuellement mais bien trop fortement. Sachons ainsi en découdre respectueusement, échanger de bonnes balles, taper fort mais jouer franc jeu, l’un en face de l’autre, et au final pouvoir se serrer la main après le match.
