Tant de questions possibles.

Au-delà d’œuvres magistrales que sont certains films, d’autres plus modestes, voire moins connus, sont pour autant un condensé de richesses : ils font partie de notre culture commune, générale, voire universelle, car ils l’illustrent, nous y transportent dans toutes ses dimensions et surtout nous interrogent plus largement sur la vie et les relations humaines qui en constituent le cœur. Or, n’est-ce pas l’essentiel que de nous faire découvrir une autre vision du monde, d’autres idées, d’autres concepts que les nôtres ? Le cinéma nous ouvre ainsi des portes qui mènent à la connaissance et peut-être à une certaine vérité quant à ce qui constitue l’essentiel de l’existence. Il suscite des questions, d’autres perspectives, d’autres thèmes que ceux que l’on croyait y voir. Il ouvre les yeux sur un champ des possibles quasi infini.

Prenons en exemple le film « The Reader », qui se passe en Allemagne de l’Est quelques années après la seconde guerre mondiale. Que nous fait-il découvrir ? Tout d’abord ce que fut la guerre et la question embarrassante de ceux et celles qui faisaient tourner la machine infernale du régime nazi sans le vouloir, qui y ont été contraints d’une certaine manière, happés et manipulés par cette dictature des plus horribles. Il nous fait percevoir l’anéantissement de l’individu dans cette mécanique, y compris du côté des bourreaux. Il nous montre également le glissement d’un totalitarisme à un autre, broyant de la même manière l’individu, peut-être plus sournoisement, mais de manière bien réelle.

Or, ce film aborde en périphérie de ce thème principal d’autres sujets, notamment l’analphabétisme, pointant ainsi que l’ignorance est la pire des choses, mais tellement utile à ces dictatures pour survivre au dépend du peuple dont elles n’ont que faire.

Il évoque également l’amour interdit par une différence d’âge, notion qui aujourd’hui est en partie mouvante. Il en montre la beauté absolue, puis l’autre face bien plus sombre, faite de solitude, d’incapacité à dire, à exprimer, à évacuer sa colère, sa tristesse issue de cette relation impossible, puis disparue en soi mais qui pour autant persiste à couler dans les veines de chacun malgré le temps qui a passé. Il sonde la nature humaine, jusqu’à devenir un miroir qui permet de mieux nous connaître nous-mêmes ou de nous reconnaître.

La culture cinématographique est ainsi une fleur aux mille pétales. Elle touche à l’individu, à la société, au monde, au particulier et à l’universel. Elle combat frontalement l’ignorance, permet d’accéder à un champ de connaissances immense, aux questionnements qui en découlent, à la remise en cause de ce que l’on croyait certain et acquis. Elle permet d’envisager l’incertitude et la recherche d’une réponse commune. Elle unit les hommes, au-delà des conflits, des guerres, des divisions. Elle remet en perspective l’essentiel, la force et la beauté de l’humanité dans ce qu’elle a de plus noble : la solidarité, la fraternité et l’union.