Ce qui est effrayant quand on a de grands enfants, c’est de devoir faire le constat que le système éducatif est similaire à celui dans lequel nous étions nous-mêmes immergés à leur âge : ainsi, tout semble perpétuellement changer, mais en fait, rien n’évolue !
Les réformes s’empilent, les règles se succèdent, se contredisent, sont remplacées avant d’avoir pu être évaluées, ceci au grès des gouvernements, des dogmes attenants et des réponses apportées fortuitement, invariablement en toute urgence et à l’emporte-pièce concernant pourtant des problèmes de fond, épineux et complexes, mais qu’il faut sans cesse paradoxalement taire ou minimiser, par peur tout simplement !
En attendant, les enseignants tentent de ne pas chavirer par-dessus bord. Pour ce faire, ils s’accrochent, ils se protègent, ils s’enferment au fond de la calle, à l’abri des parents, loin de leur hiérarchie bureaucratique, des critiques, des questions, mais aussi des peurs là encore, celles que les enfants génèrent du fait qu’ils fassent eux-mêmes les frais de ces tempêtes permanentes.
Pour continuer de paraitre en pleine maîtrise de cette situation réellement scabreuse, les autorités diminuent d’année en année la voilure des programmes ; les évaluations se font de plus en plus clémentes, les rattrapages de mauvais résultats deviennent la règle, le tout afin de maintenir coute que coute à flots les équipages : cela se nomme le nivellement par le bas et révèle la volonté de ne pas voir et admettre la réalité, à savoir que le niveau sombre à pic et que nos enfants sont très mal préparés à leur avenir plus incertain que jamais.
Dès lors, soit vous êtes spontanément un bon élève, soit vous êtes sauvé de la noyade grâce à des cours particuliers, soit vous êtes passés par-dessus bord, l’essentiel étant qu’à l’arrivée, l’équipage en place soit reçu au bac. Qu’importe les naufragés, noyés ou abandonnés sur une île déserte ! L’objectif n’est pas de faire en sorte que chaque élève s’en sorte, ni d’apporter une aide individualisée, même à minima pour ne perdre personne dans l’année, telle une cordée de montagne que l’on mène intégralement au sommet. L’objectif est d’avancer d’un seul pas, sans regarder derrière si tout le monde suit et ainsi faire en sorte de montrer que tout va bien, en laissant faire la nature.
Le parcours éducatif est ainsi devenu une machine infernale à exclure, une immense gare de triage : qui n’arrive pas à suivre est dirigé vers une voie de garage, parqué à l’abri des regards. La sélection naturelle est ainsi bel et bien en marche, attendant que les élèves en difficulté soient distancés et tombent, ne sachant exprimer et mettre en œuvre la moindre volonté de les relever, de les upgrader et de les aider à se dépasser : une machine à broyer, froide, administrative, sans empathie mais fort heureusement égalitaire dans le traitement, ainsi sans spécificité ni prise en considération des différences de chacun.
L’éducation est pourtant notre plus grande richesse sociétale et le plus beau des défis humains. Elle devrait exprimer et imprimer notre plus bel élan de solidarité, notre volonté d’inclure, d’embarquer un maximum de monde vers l’épanouissement, la culture et la réalisation des aspirations et projets de chacun et non les seuls qui ont la possibilité de suivre le rythme. Dès lors, sachons resserrer les rangs, unissons-nous dans un élan commun et entendons-nous collectivement. Dépassons les règles absurdes, les contraintes administratives, les idéologies : pensons à nos enfants et créons, envers et contre ces vagues subversives en provenance de nos hautes sphères bureaucratiques un élan humain, solidaire, positif, novateur et ambitieux pour chacun d’entre eux. A défaut, nous continuerons de générer de l’exclusion, des forces négatives et colériques, sources de conflits et de mésentente généralisée.
