Ce texte se lit en ayant idéalement devant les yeux une peinture champêtre du XVIIIème siècle montrant un paysan dans son champ, comme à l’arrêt, statique, méditatif ou simplement attentif au temps qui passe pour voir peut-être pousser sa semaille …
Qui aujourd’hui serait prêt à s’arrêter ainsi, sans sollicitation, sans personne ni aucun bruit autour de lui, avec pour toute perspective que de n’avoir qu’à écouter le chant des oiseaux ou l’eau du ruisseau au loin nous parvenir, aidé en cela par un petit vent de face ?
De nos jours, nous ne savons plus ni nous arrêter, ni écouter, ni simplement discuter, faute de temps parait-il. Sauf qu’en fait, on ne prend pas suffisamment le temps à notre disposition, pensant invariablement en manquer pour satisfaire tout le monde, boucler ses tâches, ses injonctions ou simplement sa journée. Ceci est un leurre, un prétexte, une fausse excuse !
Nous courrons sans cesse, nous sommes empressés, nous sommes dans un marathon permanent, mais nous courrons au rythme d’un demi-fond : hormis l’épuisement, que pense-t-on pouvoir atteindre ?
Le temps est devenu obèse et nous nous essoufflons à vouloir le rattraper. Nous sommes continuellement occupés et nous nous évertuons nous-mêmes – sans parfois nous en rendre pleinement compte – à alimenter ce flot d’actions quand d’autres ne s’en chargent pas, essayant à tout prix de contracter le temps jusqu’à le rendre difforme, jusqu’à ce qu’il nous torture à tout instant, nous condamnant à l’absence de répit, sans aucune respiration profonde.
Essayez cependant, par exemple dans un train, de ne rien faire : le temps passé à votre voyage vous paraitra long et peut-être ennuyeux. Faites par contre quelque chose durant ce même lapse de temps, lisez, écoutez de la musique, regardez un film : alors votre voyage vous paraitra bien plus court. Or, pour un même trajet, le temps demeure identique, il ne passe pas plus ou moins vite selon les jours !
Ainsi, simplement, plus nous sommes dans l’action, plus nous avons l’impression de ne pas disposer de temps : dès lors, plutôt que d’accélérer encore plus afin d’atteindre puis dépasser un nouveau record d’efficience, au contraire, ralentissons, arrêtons-nous et déconnectons quelques instants !
Comme en musique, il faut des soupirs entre les notes pour que la mélodie soit harmonieuse ; à défaut, ce sera de la cacophonie ! Il faut dès lors parfois s’astreindre à ralentir et ne rien faire afin de pouvoir réfléchir, se créer des espaces de disponibilités, pour observer, écouter, discuter, comprendre et se comprendre, en toute sérénité, en dehors de tout empressement. Ne rien faire permet paradoxalement au final, ensuite, d’avancer plus vite et surtout, une fois le silence établi, de mieux s’entendre !
