Quel regard sommes-nous aujourd’hui en capacité de porter sur le monde qui nous entoure ?

Notre société urbaine, prise de vitesse, d’immédiateté et d’efficience est pour autant invariablement incapable chaque hiver de gérer avec clairvoyance, anticipation et efficacité un simple épisode neigeux. A chaque fois, c’est comme si nous redécouvrions ce qu’il aurait fallu faire de mieux pour éviter le quasi chao généré.

Ainsi, les routes blanchissent et pour autant, si l’autorité préfectorale n’interdit pas la circulation des camions, ceux-ci continueront de rouler, au prétexte qu’il leur faille coute que coute livrer à temps, vite, vite et vite.

Quand bien même les autorités en question, le plus souvent trop tard, contraignent ces mêmes camions à s’arrêter alors de manière immédiate, donc sur la route plutôt que dans des aires avec toutes les commodités, ces derniers pestent et trouvent cela anormal, y compris lorsque des routes entre temps ont été barrées par des camions en travers ou que des carambolages mortels ont eu lieu du fait de leur imprudence inconsciente à ne pas avoir su s’arrêter à temps, au bon endroit, pour préserver la sécurité de tous, y compris la-leur.

La neige est ainsi vu et vécu par une très grande partie d’entre nous comme une contrainte, de même qu’une source de frustration et d’énervement.

Nous n’avons plus aucune capacité d’émerveillement de la beauté ainsi crée sous nos yeux et qui nous demande effectivement de ralentir, autant pour l’admirer que par esprit de bon sens et de conservation des biens matériels et humains.

Nous ne savons plus savourer cette accalmie que nous offre la nature, ce silence rendu notamment aux bruits de la faune ainsi décuplés par la réverbération produite par la neige et qui devraient autant nous apaiser que nous remettre les idées en place.

Nous sommes prisonniers de notre culture du zéro défaut, zéro risque, zéro retard, zéro exception, zéro déficience et zéro contrainte ; source une fois de plus de conflits en tous genres, de relations exacerbées, de clivages et de mésentente généralisée.

Retenons cependant que la liberté à laquelle nous aspirons tous n’est pas l’absence de contraintes, mais la possibilité qui nous est donnée et que nous devons apprendre à nous accorder de pouvoir justement, dans ce cas précis, choisir entre l’émerveillement et l’énervement, dès lors entre l’entente et le conflit.

Apprenons ainsi à de nouveau nous émerveiller !