Votre série « la médiation séquentielle ».

Je débuterai cet exposé par une citation de Milan Kundera, qui accompagnera votre lecture et le cheminement qu’elle vous propose : « il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli ».

Certains dignitaires de la médiation professionnelle portent le combat de l’inscription, dans la Constitution de la République, du droit à pouvoir prétendre recourir à la médiation, ceci de manière systématique et préalable à toute entrée dans un parcours judiciaire – hors juridiction pénale. Sauf que le droit constitutionnel établit un strict principe d’égalité, ce qui se traduirait, non pas par une opportunité telle que cela est présenté, mais par une obligation pure et simple, un passage contraint, ce qui sur le fond pourrait la plupart du temps s’avérer pertinent, mais cependant parfois inefficace car insuffisant, sous calibré et clairement inadapté, ce qui alors présenterait un risque préjudiciable plus qu’une véritable opportunité.

Il s’agit donc d’un faux débat et d’un combat qui n’a d’autre objet que de flatter l’égo de leurs initiateurs et leur permettre une certaine publicité d’apparat, faute de pertinence sur le fond ; telle une promesse politique inatteignable et déconnectée de la réalité sociétale, mais pour autant assénée afin de marquer les esprits et avoir le sentiment d’être au centre du dispositif – ce qui n’est pas le cas, se trouvant au contraire en périphérie d’un noyau de médiateurs qui se veulent ouverts, pragmatiques, quant à eux fédérateurs, à l’initiative d’une force centrifuge de rassemblement. 

Par ailleurs, à bien y réfléchir, cette option s’avère en totale contradiction avec l’esprit et le cœur-même de la médiation, à savoir qu’elle ne peut être mise en œuvre et au final fonctionner que sur la base du strict volontariat, de l’envie et du libre-arbitre des protagonistes à s’y engager et non sur l’obligation de devoir s’y plier parce ce serait inscrit dans le marbre constitutionnel, dont on voit bien en substance qu’il est fêlé de toute part, perdant de fait de son aura ; ce qui initialement aurait pu permettre espérer l’ancrage de cette méthode de résolution des conflits dans les pratiques, avec la perspective, outre d’efficacité, de désengorger le système judiciaire totalement asphyxié, mais dont on voit bien qu’il présente le risque d’instaurer à l’inverse un doute réactionnel, conséquence de la méfiance généralisée dans nos institutions.

On ne peut en effet et de manière générale forcer quelqu’un à quelque chose en espérant un résultat concret et positif, d’autant plus concernant la médiation qui doit véritablement reposer sur un choix intrinsèque : à défaut, ce sera l’échec assuré ! Il faut dès lors convaincre et non contraindre, il faut être clair et lisible dans son discours explicatif afin de faire adhérer et ne pas demeurer perché au sommet du droit, tel l’aigle impérial dominant les institutions et pire, le peuple ainsi déconsidéré puisque reconnu implicitement incapable de décider par lui-même, ce qui une fois de plus est en totale contradiction avec le principe de médiation – les protagonistes devant trouver par eux-mêmes leur solution, guidés en cela par le médiateur. Dès lors faut-il avant tout rendre accessible la médiation, tant dans la compréhension de son processus, de son objectif, mais également de manière opérationnelle en termes de faisabilités selon le contexte.

En synthèse, ce combat constitutionnel n’est donc pas le bon et s’avère encore une fois pleinement contradictoire avec ce qu’enseigne ces mêmes personnes qui portent ce projet fantasque, ce qui a pour conséquence d’occulter le résultat de leurs erreurs de trajectoire en termes de stratégie d’implantation de la médiation, aux effets désastreux : à savoir que la pratique de la médiation ne parvient pas en France à s’ancrer, se développer, se démocratiser et inspirer de la confiance. La raison est ainsi double : un discours de ces élites de la médiation professionnelle totalement incompréhensible pour les non-initiés, dès lors inaccessible et par ailleurs déconnecté de la réalité, de même qu’une méthodologie enseignée trop rigide et trop lourde à mettre en œuvre d’un point de vue organisationnel. A cela s’ajoute la fragmentation des différents cursus de formation, qui travaillent et élaborent chacun dans leur coin, avec peut-être l’ambition de décrocher la timbale et de remporter la légitimité de leur méthode au détriment des autres, pour des raisons autant financières que d’égo, une fois encore.

Les véritables enjeux qui gravitent autour de la médiation sont dès lors, de mon point de vue, de deux autres ordres : respecter de manière indéfectible la liberté d’y recourir et par ailleurs, imaginer les conditions favorables pour adapter son processus opérationnel à la réalité quotidienne, notamment professionnelle, afin qu’il soit véritablement réalisable et mis en œuvre de manière régulière, fluide et naturelle.

La méthode enseignée requière ainsi un entretien individuel avec chaque protagoniste, puis une réunion conjointe, le tout dans un délai assez ramassé : or, c’est parfois possible, mais bien souvent difficile à mettre en œuvre. Il s’agit donc de donner à ce processus éprouvé et contributif de l’agilité quant à la forme, et quant au fond, une ouverture d’esprit à l’altérité prônée, notamment au regard des concepts de négociation et surtout de diplomatie ; cette dernière permettant notamment d’amener au fil du temps des personnes à discuter, puis à dialoguer véritablement. C’est pourquoi la médiation doit selon moi pouvoir s’envisager pareillement sur un temps long, selon un chainage d’étapes permettant l’assimilation et l’intégration des avancées – outre le fait que cette approche séquentielle puisse s’envisager dans toutes les situations organisationnelles, donc soit d’un point de vue opérationnel parfaitement réalisable.  

Ouvrons par la série d’articles que je vous propose cette perspective d’avenir, ainsi résumée.