Plus vite, vraiment ?

Winston Churchill a dit : « Le succès ne dure pas. L’échec ne tue pas. Ce qui compte, c’est d’avoir le courage de continuer. ».

Je retiens notamment de cette citation qu’il est essentiel d’inscrire ses actes et son engagement dans la durée. Or, nous sommes confrontés à une tendance sociétale inverse où l’immédiateté est reine, de même que ce désir quasi irrépressible d’obtenir spontanément et pleinement satisfaction à nos envies, besoins et autres caprices, qu’ils soient fondés ou futiles.

Tout doit aller vite et tout va inexorablement de plus en plus vite, à un rythme par ailleurs exponentiel qui nous échappe, ce qui nous épuise et nous essouffle. Nous sommes toutes et tous lancés dans le tourbillon d’un quotidien qui ressemble à la ligne droite des Hunaudières, sans chicane : la vitesse est ainsi grisante, addictive au fil des tours, mais terriblement dangereuse pour notre équilibre de vie.

Or, dans cette course des 24h du Mans, l’essentiel réside dans l’approche et si possible l’atteinte d’un équilibre entre vitesse et préservation des éléments mécaniques de la voiture : aller vite mais pas trop, rester en permanence vigilant et maître de sa trajectoire et de ses choix stratégiques, moduler également sa course en fonction des conditions climatiques, et enfin ne pas se laisser dépasser, ni soi-même dépasser ses limites. Ainsi, apprendre à ne pas confondre vitesse et précipitation, au risque de tout perdre, de déraper et de partir dans le décor.

Je citerai alors Milan Kundera pour appuyer cette nécessité de savoir ralentir, pour voir l’essentiel et l’intégrer en tant que tel dans notre quotidien : « il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli. ». Ainsi faut-il s’astreindre à ralentir contre le courant, ainsi faut-il avoir en tête ce qui est essentiel dans la vie, se souvenir sans cesse de ce qui est pour soi le plus important dans sa propre vie, notamment relationnelle : ainsi, apprendre à ne pas sombrer d’emblée dans l’émotionnel pur à chaque épisode de tension conflictuelle, ne pas réagir de manière individualiste, exacerbée et immédiate ; savoir réfléchir aux situations vécues et prendre le recul nécessaire pour les analyser afin de ne pas agir en dehors de tout discernement, de telle manière que l’on pourrait dès l’instant d’après le regretter. Ainsi, prendre en compte autrui, s’adapter à l’autre et pour cela, prendre le temps de l’observer, l’écouter attentivement et authentiquement, ceci afin de comprendre avant de réagir, tenter de convaincre ou d’imposer ses vues. Dès lors, savoir parfois endurer, laisser passer l’orage, être de manière constante tolérant, persévérant et opiniâtre pour tenter de maintenir les équilibres, notamment en termes d’efforts consentis par chacun.

L’entente relationnel est ainsi un combat du quotidien, avant tout avec soi-même, qui requière de savoir temporiser et de tenir dans la durée ; conservant en tête et en ligne de mire cet objectif de sa préservation, voire de son renforcement, ceci avant toute autre considération, car rien n’est plus précieux et riche que de s’entendre avec l’autre et que soit instaurée une harmonie relationnelle.