Vouloir contrer ou même prévenir encore plus en amont la survenue de conflits en travaillant à l’émergence ou au renforcement d’une relation interpersonnelle de qualité est d’une logique implacable, mais de mon point de vue clairement insuffisante. En effet, la qualité relationnelle ne peut exister que s’il y a préalablement communication, sauf, on l’a vu, qu’il existe également dans l’étiologie d’un conflit la part invisible du silence.
Tel un iceberg, les causes, puis les manifestations de conflits sont d’abord visibles : échanges houleux, cris, insultes …etc. Mais il existe une part immergée, faite de distance et de silence.
La ligne de flottaison, centre de gravité relationnel autour duquel s’articule l’espace de discussion et de dialogue, sépare ainsi une zone de conflit explicite – extériorisé, bruyant, visible, en quelque sorte classique – et une autre zone de conflit plus implicite – invisible, mystérieuse, où le silence et le non-dit sont rois.
Cette absence d’explications, de pédagogie, de mise en lien, de temps laissé pour assimiler des idées et comprendre l’autre empêche alors toute communication de pouvoir s’établir, circuler puis se réguler. D’aucuns extérioriseront leur colère, tandis que d’autres la tairont en eux ; mais tous généreront matières à conflits.
La médiation sait répondre aux conflits apparents, mais retenons que la plus grande masse conflictuelle, comme l’iceberg, ne se voit pas et se pare de lourds et profonds silences. Dès lors, sachons tout simplement les repérer puis instiller de la parole, incitons toujours au dialogue pour guérir les personnes de leurs blessures conflictuelles qui ne disent pas leur nom, désamorçons cet engrenage et permettons de faire fondre la glace entre elles, s’avérant si maladroites et inopérantes pour exprimer leurs émotions ou autres récriminations. Ce n’est qu’ensuite, une fois la communication rétablie, que nous pourrons travailler à en améliorer la qualité.
