Franchir, aplanir, abattre les haies qui nous séparent, ou les considérer utiles ?

Les frontières génèrent-elles du conflit, des guerres, ou empêchent-elles au contraire tout débordement, toute dilution des identités, aboutissant possiblement à une involution des sociétés et des peuples, avec au final l’émergence de sources de désordre, voire de chao, donc de conflits y compris intérieurs ?

Se retrouver enclavé derrière ses frontières, enfermé dans ses certitudes, n’engendre-t-il pas le risque de se recroqueviller sur soi-même et de devenir hermétique à tout propos qui ne soit pas les siens, générant à son tour de la discorde, des conflits voire des guerres ?

Ayons alors en tête ce que Schopenhauer écrivait : « on doit se placer en face d’un tableau comme en face d’un prince, attendre qu’il veuille bien vous parler et vous dire ce qui lui plaira ; il ne faut, dans aucun des deux cas, prendre soi-même tout d’abord la parole, car on risquerait alors de n’entendre que sa propre voix »

Attendre que l’autre parle, savoir respecter sa parole, ses silences, savoir écouter, tenter d’entendre les arguments de cette autre personne, des propos différents des siens ; tout ceci constitue le commencement de l’entente et auparavant, de toute résolution de conflit. Ainsi les barrières ne doivent être considérées comme des obstacles, mais comme des repères à l’instauration et l’entretien d’une relation de qualité.

Tel un bocage, dont les parcelles séparées de haies n’empêchent pas une unicité des cultures et l’harmonie du paysage, il est essentiel de considérer le principe d’altérité comme fondateur de l’entente entre les hommes et les peuples : cet autre qui n’est pas un autre soi-même, mais un être différent, qui a tout autant de valeur. Les haies ne sont pas des murs, elles permettent de voir, d’entendre, elles laissent circuler les éléments de langage, tant verbal que corporel.

La paix entre les hommes et les peuples ne dépend pas de l’existence de barrières de langue et des frontières existantes. Elle repose sur l’identification des différences, la richesse qui émerge de l’altérité et sur l’envie de dialoguer avec reconnaissance et gratitude de ce que l’autre est capable d’apporter à sa propre richesse.